Gaspiller son argent dans de l'eau embouteillée.

 

Plus pure, Plus saine, Plus sécuritaire, voilà probablement ce qui motive vos achats de bouteilles d'eau. C'est en effet ce que promettent les compagnies d'embouteillage d'eau. Nestlé, Pepsi, Coca-Cola et Danone en tête. Vous n'êtes pas la seule personne à y croire: 17,2% de la population canadienne y croit aussi. Au pays, une personne sur cinq ne consomme que de l'eau embouteillée.

Est-ce que la publicité dit vrai? Faut-il dire adieu à l'eau du robinet? Pas si sûr.

Quelques faits:

  • Mon eau vient du robinet: C'est vrai pour 25% des bouteilles d'eau vendues au Canada. C'est Ă©crit sur l'Ă©tiquette. L'eau Aquafina de Pepsi ou Dasani de Coke, avant d'ĂŞtre retraitĂ©e, est avant tout de l'eau d'aqueduc, comme celle qui coule du robinet. Pour l'autre 75 %, les compagnies d'embouteillage d'eau pompent gĂ©nĂ©ralement l'eau de source souterraine.
  • Ma bouteille coĂ»te cher: C'est vrai. Au Canada, dans les grandes villes, un litre d'eau embouteillĂ©e peut coĂ»ter jusqu'Ă  5 000 fois plus cher qu'un litre d'eau du robinet! (dĂ©pendant du coĂ»t de production de la ville). Et plus la bouteille est petite, plus l'eau revient cher. 10 Ă  15% du prix de chaque bouteille servirait au marketing de l'eau embouteillĂ©e.
  • L'eau coĂ»te cher: Faux. La matière première, l'eau, ne coĂ»te presque rien aux embouteilleurs. Ceux qui pompent les sources paient des redevances minimes ou nulles. Pour les embouteilleurs utilisant l'eau de l'aqueduc, la taxe applicable est souvent moins Ă©levĂ©e que celle payĂ©e par la population.
  • Le marchĂ© est en expansion: Vrai. En 13 ans, la consommation mondiale d'eau en bouteille a Ă©tĂ© multipliĂ©e par 18,4, passant de 7,5 milliards de litres d'eau embouteillĂ©e en 1990 contre 138 milliards en 2003. Ce marchĂ© est Ă©valuĂ© Ă  43 milliards de dollars.
  • Ma bouteille pollue la terre: Vrai. Après leur courte vie, la plupart des bouteilles vides se retrouvent dans un site d'enfouissement de dĂ©chets. RĂ©sultat: des tonnes de plastique se dĂ©sagrègent pendant 1000 ans dans les sols et y rejettent des substances toxiques qui risquent de contaminer les sources d'eau souterraines.
  • Les embouteilleurs encouragent le recyclage: Faux. Le logo sur plusieurs bouteilles d'eau, composĂ© de trois flèches avec un numĂ©ro au centre, indique la sorte de plastique et non un produit fait de matière recyclĂ©e. La plupart des embouteilleurs s'opposent Ă  la mise en place d'une consigne sur les bouteilles. Les coĂ»ts de production n'encouragent pas non plus le recyclage: la rĂ©sine de plastique recyclĂ©e coĂ»te 65% de plus Ă  produire que la rĂ©sine vierge.
  • L'eau embouteillĂ©e est plus sĂ©curitaire: Faux. L'eau en bouteille n'est ni plus ni moins sĂ©curitaire que celle coulant des robinets de la plupart des municipalitĂ©s canadiennes. En prĂ©tendant vendre de la sĂ©curitĂ© en bouteille, les embouteilleurs d'eau sèment le doute quant Ă  la fiabilitĂ© des services publics d'eau. En habituant les gens Ă  payer cher pour leur eau, serait-on en train d'ouvrir la voie Ă  la privatisation de ces services?

Contrats d'exclusivité en milieu scolaire, dans les centres de loisirs, dans l'ensemble des lieux publics et même sur les pistes cyclables. De plus en plus de contrats d'exclusivité avec Pepsi et Coke ont été conclus avec des écoles, des universités, des terminus d'autobus et même sur des pistes cyclables gérées par le gouvernement fédéral (Canal Lachine). Grâce à la loi d'accès à l'information, vous pouvez savoir s'il y a un contrat d'exclusivité dans votre municipalité, école ou autre organisme. Il est évident que les jeunes sont ciblés par les embouteilleurs d'eau qui veulent fidéliser ce public consommateur pour les années à venir.

Que faire?

  • Consommer l'eau du robinet. La mettre au rĂ©frigĂ©rateur, ainsi elle sera fraĂ®che et, exposĂ© Ă  l'air, le chlore s'Ă©vaporera et le goĂ»t en sera amĂ©liorĂ©.
  • Pour les activitĂ©s extĂ©rieures, mettre de l'eau dans une bouteille rĂ©utilisable au rĂ©frigĂ©rateur. Certaines bouteilles accueillent mĂŞme des glaçons.

Dans la moitié des cas, écrivent les chercheurs, la seule différence entre les deux est qu'on a ajouté des minéraux dans l'eau embouteillée, ce qui ne signifie en rien qu'elle est meilleure pour la santé. La recherche a été effectuée à l'Université de Genève et financée par le Fonds mondial pour la nature. Ce dernier ajoute qu'en plus de ne rien apporter de plus à la santé sauf là où l'eau du robinet est carrément contaminée.

L'industrie de l'eau embouteillée n'est pas toujours tendre pour l'environnement: sa production nécessite davantage d'énergie que production de l'eau qui arrive dans votre robinet.

Si l’on en croit André Bouthillier, président de l’organisme québécois Eau Secours!, «les grandes compagnies exploitent quelques cas isolés d’infection pour créer un climat de méfiance envers l’eau du robinet. Puis, elles répondent à la demande avec un produit qui revient moins cher à fabriquer et à distribuer que l’eau de source.» Cette opinion n’est évidemment pas celle de Coca-Cola. «Notre eau est soumise à un processus de filtration en cinq étapes qui élimine la moindre impureté. Un mélange spécial de minéraux y est ensuite ajouté afin d’obtenir un produit de qualité supérieure», affirme-t-on chez le géant américain. «L’eau en bouteille coûte environ mille fois plus cher pour le consommateur que l’eau du robinet, objecte Pierre Payment, microbiologiste et professeur à l’INRS-Institut Armand-Frappier. Or, dans la plupart des municipalités du Québec, elle est d’excellente qualité. Il vaut donc beaucoup mieux garder cet argent et boire l’eau du robinet.» Voilà un conseil qui vaut de l’or, surtout quand on sait que l’eau potable de Montréal revient à... 22 ¢ les 1 000 litres!

www.eausecours.org